Transition énergétique : les communautés hôtes refusent d’être de simples spectatrices

L’accès universel à une énergie propre et abordable constitue l’un des objectifs de développement durable des Nations unies. Au Sénégal, le taux d’accès à l’électricité est passé de 24 % en 2012 à 75 % en 2022. Malgré ces progrès, les disparités territoriales demeurent importantes, notamment entre les zones urbaines et rurales.

Mais derrière ces objectifs nationaux se trouvent des territoires et des populations directement concernés par les infrastructures énergétiques. À Taïba Ndiaye, Malicounda, Bargny ou encore Saint-Louis, les expériences montrent que les relations entre projets énergétiques et communautés peuvent être très différentes.

En effet, le Sénégal s’est engagé, depuis juin 2023, dans un Partenariat pour une Transition Énergétique Juste (JETP) avec plusieurs partenaires internationaux. Celui-ci prévoit la mobilisation de 2,5 milliards d’euros de financements nouveaux et additionnels et fixe notamment l’objectif de porter à 40 % la part des énergies renouvelables dans la capacité installée à l’horizon 2030.

Alors que le Sénégal accélère sa transition énergétique et ambitionne de garantir l’accès universel à l’électricité, la place des communautés qui accueillent les projets énergétiques apparaît comme un enjeu majeur. C’est autour de cette question qu’un dialogue et renforcement des capacités est organisé par l’ONG SynDev au bénéfice des députés et des communautés.

Certains projets ont permis la mise en place d’investissements communautaires et l’émergence d’opportunités économiques locales. D’autres ont, au contraire, suscité des contestations autour des impacts environnementaux, de l’accès aux ressources naturelles ou encore de l’insuffisance du dialogue avec les populations.

Pour Ndeye Fatou Sy, directrice des programmes de SynDev, les communautés doivent être davantage associées aux décisions qui concernent leurs territoires. « Les impacts ne peuvent pas toujours être évités, mais les risques peuvent être réduits », souligne-t-elle, en insistant sur l’importance du dialogue en amont et du consentement libre, informé et préalable des populations.

La question est particulièrement sensible dans les zones où les projets énergétiques peuvent affecter les moyens de subsistance. À Saint-Louis, les pêcheurs de la Langue de Barbarie ont notamment exprimé leurs préoccupations concernant les conséquences du projet gazier Grand Tortue Ahmeyim sur leurs activités.

Pour SynDev, le développement des projets énergétiques, notamment offshore, nécessite des mécanismes plus adaptés de consultation, de compensation et de protection des populations affectées.

Les parlementaires présents ont, de leur côté, indiqué vouloir relayer les préoccupations exprimées par les communautés auprès de l’Assemblée nationale. Ibrahim Mbodj, président de la Commission du développement rural, a notamment évoqué les situations de Saint-Louis, Taïba Ndiaye, Bargny, Malicounda et du Delta du Saloum.

Au-delà de l’accès à l’énergie, les participants appellent ainsi à faire de la transition énergétique un processus inclusif, dans lequel les communautés hôtes disposent de l’information nécessaire, participent aux décisions et puissent bénéficier durablement des retombées des projets implantés sur leurs territoires.

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