Recherche : Pourquoi les universités africaines échouent encore à breveter leurs découvertes

À Dakar, le diagnostic posé par les universitaires et les décideurs politiques est sans équivoque : bien que les universités régionales produisent un volume important de connaissances scientifiques, la valorisation concrète de ces travaux sur le marché demeure un défi majeur. Entre déficit de financement d’amorçage, faible connexion avec le secteur industriel, méconnaissance des enjeux de propriété intellectuelle et manque flagrant d’infrastructures de prototypage, la chaîne de transmission entre le laboratoire et l’entreprise reste brisée.

​Cette problématique cruciale est au centre des débats de la 4e Conférence régionale des Recteurs de l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF) en Afrique de l’Ouest et des Journées Recherche & Innovation, ouvertes ce lundi 28 septembre à Dakar.

​Présidant la cérémonie officielle, le ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, Boubacar Camara, a dressé un bilan sans concession : « Nos universités peinent encore à transformer leurs résultats de recherche en innovation ». L’enjeu institutionnel consiste désormais à bâtir un écosystème capable d’accompagner la matérialisation des brevets en produits utilisables et créateurs d’emplois.

​Ancrage industriel, incubateurs et vision ANTESRI 2050

​Pour résorber ce fossé, le ministre préconise une restructuration en profondeur des mécanismes de transfert technologique. « Notre ambition est de bâtir une économie fondée sur la connaissance souveraine et créatrice d’emplois pour notre jeunesse », a affirmé Boubacar Camara.

​Dans le cadre de l’Agenda national de transformation de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation (ANTESRI 2050), l’État prévoit la création d’un Conseil national de la recherche et de l’innovation, adossé à un Fonds national pour le développement de la recherche et de l’innovation destiné à offrir des financements compétitifs et pérennes. L’installation durable de bureaux de transfert de technologies et d’incubateurs universitaires viables doit compléter ce dispositif.

​Souveraineté scientifique et intégration régionale

​La levée de ces verrous nécessite également une réponse coordonnée à l’échelle de la sous-région. Le recteur de l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD) et président de la Conférence des Recteurs de l’AUF, Alioune Badara Kandji, a plébiscité une mutualisation des plateformes techniques, la promotion de la mobilité des chercheurs et l’harmonisation des cadres de propriété intellectuelle. Selon lui, la souveraineté scientifique passe par la production de savoirs endogènes et la maîtrise des données souveraines.

​Abondant dans le même sens, le recteur de l’AUF, Slim Khalbous, a appelé à dépasser les discours d’intention sur le rapprochement université-entreprise pour installer des partenariats contractuels à fort impact économique. L’objectif ultime partagé par les acteurs est clair : faire en sorte qu’un brevet ou un modèle déposé dans un laboratoire se traduise directement en opportunité industrielle, en emplois qualifiés et en solutions pour les populations.

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