Les 100 journalistes internationaux votants pour le Ballon d’or ont jusqu’au 28 septembre pour faire leur classement, le vainqueur sera annoncé le 26 octobre à Londres.
« C’est définitivement l’année où il est le plus difficile d’établir un classement ». Cette phrase, glissée par l’un des 100 journalistes votants pour le Ballon d’Or à franceinfo: sport, témoigne d’une édition très incertaine pour l’élection du meilleur joueur du monde, le 26 octobre. Comme Kylian Mbappé, Lamine Yamal, Harry Kane, Ousmane Dembélé ou encore Khvicha Kvaratskhelia, ils sont nombreux à pouvoir y prétendre, et se livrent une campagne médiatique intense pour convaincre les jurés, qui ont jusqu’au 28 septembre pour voter.
Les meilleurs joueurs du monde n’avaient jamais été aussi présents dans les médias internationaux, tous simultanément, que ces dernières semaines. Du côté du PSG, Ousmane Dembélé, Khvicha Kvaratskhelia et Fabian Ruiz ont donné des interviews à France Football, The Athletic, puis les deux premiers cités se sont aussi entretenus avec la BBC et Ligue 1+. Parmi leurs concurrents, Harry Kane s’est livré dans les colonnes de Marca, et dans l’émission Téléfoot, alors que Lamine Yamal a accordé des interviews à Movistar+ et L’Equipe.
Mais le champion incontesté dans ce petit jeu des interviews de campagne semble être Kylian Mbappé. Le Français s’est livré auprès de France Football(Nouvelle fenêtre), organisateur de l’élection du Ballon d’Or, pour défendre ses arguments : « Etre le meilleur buteur de la Coupe du monde, passer devant toutes les plus grandes légendes de l’histoire du sport, dans le tournoi le plus important que le sport a créé… Je pars toujours du principe que l’histoire doit être récompensée ». Il a aussi répondu pour la première fois en six ans aux questions de l’émission phare de la chaîne américaine CBS Sport après le match de Ligue des champions contre l’Inter Milan, et a également accordé une interview à José Felix Diaz, journaliste d’AS et votant espagnol pour le Ballon d’or.
Ce marathon médiatique s’est poursuivi au micro de Radio France Internationale (RFI), qui réalise la moitié de son audience en Afrique francophone. Selon les informations de franceinfo: sport, c’est l’entourage de Kylian Mbappé, lui-même, qui a sollicité RFI afin de réaliser cette interview avec une volonté de toucher le continent africain, qui représente 20% des votants. Le Real Madrid n’a pas pris part à l’organisation de cette interview, au cours de laquelle le clan Mbappé a demandé au journaliste de RFI de ne pas citer les concurrents du Français au Ballon d’or, ni d’aborder d’autres sujets sensibles comme Ceuta ou la politique française.
Les clubs mobilisés pour porter leur(s) candidat(s)
Si Kylian Mbappé et son entourage organisent eux-mêmes la campagne du Français, son club, le Real Madrid, a mis fin à son boycott de la récompense cette année, alors qu’il avait annulé sa présence à la cérémonie du Ballon d’or en 2024 quand il avait appris que Vinicius Jr ne le gagnerait pas. L’institution merengue, sentant peut-être que l’un de ses joueurs compte parmi les favoris cette saison, s’est remise à communiquer sur ses joueurs nommés pour la remporter, alors qu’elle ne l’avait pas fait en 2025.
Mais en Espagne, le nom de Kylian Mbappé ne fait pas forcément l’unanimité, puisque le public espagnol espère voir l’un des champions du monde récompensés, et en particulier Lamine Yamal. Le FC Barcelone pousse d’ailleurs dans ce sens. « Le club dit que Lamine est celui qui le mérite le plus, et c’est complètement légitime », a affirmé son coéquipier Rodri, qui pourrait aussi y prétendre mais ne fait pas campagne, dans une interview à Mundo Deportivo(Nouvelle fenêtre). « Mbappé et moi sommes les deux meilleurs du monde, ceux qui ont vu les matchs le savent. Mais je crois que cette année, je mérite le Ballon d’or grâce aux titres que j’ai remportés », a souligné la jeune pépite espagnole sur Movistar+(Nouvelle fenêtre).
Le Bayern Munich n’est pas de cet avis. Le club bavarois a choisi son candidat, Harry Kane, effaçant Michael Olise, et a publié, sur ses réseaux sociaux, une vidéo intitulée : « Pourquoi Harry Kane mérite de remporter le Ballon d’or ? », une question à laquelle répondent ses coéquipiers. L’Anglais, plutôt discret et humble habituellement, s’est lui aussi lancé dans la campagne. « Je n’ai jamais trop aimé parler de moi. Je dirais simplement que la saison dernière a été, de loin, la meilleure saison de ma vie. Le fait d’atteindre 73 buts parle de lui-même », a-t-il plaidé dans Marca(Nouvelle fenêtre).
Du côté du PSG, même si Luis Enrique dément une stratégie du club pour pousser un ou deux joueurs, Fabian Ruiz a disparu de l’affiche des récentes interviews, possiblement pour ne pas éparpiller les votes. Restent Ousmane Dembélé et Khvicha Kvaratskhelia, qui affirment tous les deux qu’ils voteraient l’un pour l’autre s’ils en avaient le pouvoir.
Des votants approchés par des représentants de joueurs
« La campagne médiatique est plus intense cette année, admet l’un des votants pour le Ballon d’or à franceinfo: sport. Les joueurs s’impliquent eux-mêmes. Avant, il n’y avait pas nécessairement cette position tranchée et affirmative des candidats au Ballon d’or ». Des joueurs impliqués, mais pas seulement.
Pour être honnête, j’ai été contacté par des personnes impliquées dans ces campagnes, des attachés de presse dépêchés pour représenter les joueurs et mettre en avant leurs exploits de la saison. Mais ils ne mentionnent pas le Ballon d’or et ne sollicitent pas directement un vote, et je n’y ai pas prêté attention.
Un juré du Ballon d’orà franceinfo: sport
Du côté de l’organisateur, France Football, on souligne une campagne « particulièrement dense cette année », avec « beaucoup de candidats crédibles », un suspense et un regain d’intérêt « peut-être lié à la fin de carrière de Messi et Ronaldo qui en ont gagné énormément pendant 15 ans ».
« Certains joueurs ont brillé en club mais pas à la Coupe du monde, c’est l’inverse pour d’autres, donc il y a ce sentiment qu’il y a un coup à jouer », estime l’un des jurés cités plus haut. « D’habitude, la Coupe du monde réduit le nombre de joueurs en lice, mais je pense que cette année, elle a probablement rendu la course encore plus ouverte », juge un autre votant.
Une hiérarchie à établir jusqu’à la dixième place
Tous les deux vont devoir se creuser la tête pour établir une hiérarchie de la 10e place, qui donne un point au joueur cité, à la première place, qui en donne 15. « Le nombre de buts est important, parce que le premier critère, c’est la performance individuelle à caractère décisif et impressionnant. Et comment est-on décisif ? En marquant ou en faisant marquer des buts. On peut aussi être impressionnant sans marquer mais avec la manière dont on fait jouer l’équipe, la qualité de passe, de dribble. Le nombre de trophées est important également, en deuxième critère dans l’ordre d’importance », explique l’un des votants.
Selon ce dernier, « on peut être certain de son premier choix, mais derrière, faire la hiérarchie jusqu’au 10e, c’est vraiment compliqué cette année, par rapport à la qualité de la saison des concurrents et la diversification des titres remportés ». La campagne électorale en cours aura-t-elle un impact ? « Même si vous votez selon vos convictions, vous consommez la presse et surtout dans votre langue. Par exemple, les journalistes hispanophones vont naturellement lire davantage la presse espagnole, donc sont inconsciemment influencés par ces médias qui vont mettre en avant les performances d’untel ou les interviews d’un autre, juge ce juré. Donc oui, je pense qu’elle peut influencer certains votes ».
Reste que la meilleure campagne s’effectue sur le terrain, et dans ce domaine, certains des candidats ne brillent pas autant qu’en interview en ce début de saison. Fin du suspense le 26 octobre, à Londres.

