L’affaire des deux villas attribuées à l’ancien procureur de la République, Serigne Bassirou Guèye, continue de susciter des réactions. Moustapha Cissé Lô, ancien député et ancien premier vice-président de l’Assemblée nationale, est monté au créneau pour dénoncer ce qu’il considère comme une polémique injustifiée et un acharnement politique contre l’ancien magistrat.
Auditionné jeudi devant la Commission d’enquête parlementaire, Yaya Abdou Kane, ancien directeur général de la Société de gestion et d’exploitation du patrimoine bâti de l’État (SOGEPA), aurait révélé que Serigne Bassirou Guèye avait bénéficié de deux villas situées au Point E, à Dakar, dans le cadre d’un bail de 99 ans, moyennant un loyer mensuel de 100 000 FCFA. Selon les déclarations rapportées, l’autorisation d’accorder ces biens aurait été donnée par l’ancien président de la République, Macky Sall.
Pour Moustapha Cissé Lô, cette attribution ne saurait être appréciée indépendamment des pratiques foncières des précédents régimes. Il rappelle que des avantages immobiliers auraient également été accordés à d’autres personnalités au Sénégal, depuis la présidence de Léopold Sédar Senghor.
« L’attribution de biens fonciers à des personnalités n’est pas une nouveauté au Sénégal. Cela a toujours été ainsi depuis le régime du président Senghor. Cette polémique ciblant uniquement Serigne Bassirou Guèye ne repose sur rien. C’est de l’acharnement politique. Halte à l’amalgame ! », estime-t-il.
L’ancien président du Parlement de la CEDEAO s’interroge sur l’ampleur prise par cette affaire. Selon lui, l’octroi de deux villas en bail à l’ancien procureur ne justifie pas, à lui seul, le vacarme suscité par le dossier. « Pourquoi le fait d’attribuer deux villas en bail à ce digne serviteur de l’État qu’est Serigne Bassirou Guèye suscite tant de vacarme, de polémique inutile et futile ? Il n’y a vraiment pas à fouetter un chat. Qu’on soit sérieux », affirme-t-il.
« Pas de traitement différencié »
Pour étayer son argumentaire, Moustapha Cissé Lô évoque des maisons appartenant à l’État au Point E qui auraient été cédées à des prix symboliques. Il estime que Serigne Bassirou Guèye, en tant que citoyen et cadre de l’administration, pouvait négocier les conditions d’acquisition d’un bien immobilier. L’ancien parlementaire soutient également que si des avantages comparables ont été accordés à d’autres responsables, les circonstances de ces attributions doivent être examinées selon les mêmes critères.
Il invite ainsi les autorités à élargir le débat à la gestion du patrimoine foncier et immobilier de l’État depuis l’indépendance. « Ne devrait-on pas poursuivre la plupart de ceux qui ont eu à exercer de hautes fonctions dans l’administration sénégalaise de l’indépendance à nos jours ? Ne nous focalisons pas sur une seule et unique personne pour des raisons inavouées », lance-t-il.
Moustapha Cissé Lô met en garde contre ce qu’il considère comme une application sélective des règles. Il appelle le régime Pastef à respecter le principe de continuité de l’État et à éviter, selon lui, tout traitement défavorable envers ses adversaires politiques.
Au-delà de cette affaire foncière, l’ancien député exprime ses préoccupations face à la situation économique du pays. Il estime que les opérateurs économiques peinent à entrevoir des perspectives favorables et alerte sur les difficultés auxquelles ils sont confrontés.
Moustapha Cissé Lô s’est également prononcé sur les inondations provoquées par les dernières pluies à Dakar et dans plusieurs localités du pays. Il exhorte le gouvernement à prendre des mesures fortes pour venir en aide aux sinistrés. Il appelle par ailleurs à une mobilisation de toutes les forces sociales afin de lutter contre ce phénomène récurrent. Pour lui, les efforts des pouvoirs publics et des acteurs concernés doivent converger vers des solutions durables, au-delà des interventions d’urgence.

