La tenue des Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ) à Dakar constitue bien plus qu’un rendez-vous sportif. Elle représente également une occasion de réfléchir à la place de la jeunesse africaine dans les politiques publiques, la démocratie et les relations internationales.
C’est dans cette perspective qu’Expertise France en partenariat avec la fondation de l’innovation pour la démocratie, a organisé pour la première fois à Dakar, les rencontres internationales de la coopération (RIC). La rencontre organisée autour de la problématique de la place de la jeunesse africaine, a permis de mettre en lumière les défis liés à l’emploi, à l’éducation, à la participation citoyenne et à la représentativité des jeunes dans les instances de décision. Elle a aussi été une occasion de réfléchir sur le rôle que doit jouer la jeunesse dans la construction démocratique et le développement du continent.
Pour le directeur général d’Expertise France en Afrique, Jérémie Pellet, le choix de Dakar et des JOJ comme cadre de réflexion n’est pas anodin. Il s’agit, selon lui, de profiter de cet événement inédit sur le continent pour mettre la jeunesse au centre des discussions sur la coopération internationale et la démocratie. « Les besoins de cette jeunesse sont très clairs. C’est un besoin de perspectives d’avenir, d’emploi, et d’accès à une vie sûre, prospère et libre », a-t-il souligné.
Selon lui, les institutions africaines doivent davantage intégrer les aspirations des jeunes dans leurs politiques publiques. L’objectif est de ne plus considérer la jeunesse comme un simple sujet de discussion ou une bénéficiaire des programmes de développement, mais comme un acteur à part entière de la transformation du continent.
Dans cette perspective, Expertise France entend renforcer son accompagnement à travers plusieurs secteurs stratégiques, notamment l’entrepreneuriat, le numérique, l’éducation, l’enseignement supérieur et la recherche. L’organisation accompagne ainsi plus de 1 000 acteurs universitaires, centres de recherche et incubateurs en Afrique.
Réconcilier démographie et démocratie
Pour sa part, le directeur de la Fondation de l’Innovation pour la Démocratie (FIDEMO), Achille Mbembe basée à Johannesburg et intervenant dans 36 pays africains, a insisté sur l’importance de l’enjeu démographique auquel le continent sera confronté dans les prochaines décennies.
Rappelant que l’Afrique devrait devenir, à l’horizon de 20 à 25 ans, le continent comptant la population la plus jeune au monde, avec environ 42 % de sa population concernée selon les projections évoquées, il a estimé que cette réalité impose une réponse politique ambitieuse. « Cette jeunesse, il faudra qu’elle trouve des emplois, qu’elle soit éduquée, qu’elle ait droit aux chapitres lorsqu’il faut décider pas seulement du présent mais aussi de ce que nos sociétés deviennent », a-t-il indiqué.
Pour lui, cette ambition passe nécessairement par une meilleure représentation des jeunes et des femmes dans les espaces de décision, aussi bien au niveau local, communal que national.
Il a notamment plaidé pour une participation effective des jeunes aux instances où se définissent et se décident les politiques publiques. Il ne suffit plus que ces derniers soient les bénéficiaires des décisions prises par les pouvoirs publics. Ils doivent également prendre part à leur élaboration.
Pour un partenariat Afrique-Europe fondé sur l’égalité
Les échanges ont également porté sur l’avenir de la coopération entre les pays africains et l’Union européenne. Dans un contexte international marqué par des mutations politiques, économiques et géopolitiques, les intervenants ont également insisté sur la nécessité de repenser les relations de coopération internationales.
Pour Jérémie Pellet, les contraintes actuelles rendent cet exercice particulièrement exigeant. Mais toutefois, la coopération reste indispensable pour éviter un monde davantage fragmenté et replié sur lui-même. « Le choix, c’est de continuer d’écrire cette histoire qui est ce qu’elle est, qui a d’énormes potentialités, ou alors ne pas le faire et ouvrir la voie à un monde fracturé où chacun reste chez lui », a-t-il déclaré, soulignant l’urgence de faire face aux défis mondiaux majeurs, tels que le réchauffement climatique et la participation citoyenne.
À travers cette rencontre, les JOJ de Dakar apparaissent ainsi comme une tribune symbolique pour rappeler que la jeunesse ne doit plus être seulement au centre des discours, mais bien au cœur des décisions et des partenariats internationaux.

